Nous avons maintenant en Alsace un(e) bretzel comme logo…
Mais d’abord, dit-on le ou la bretzel ? Les dictionnaires français donnent le bretzel comme masculin, tandis que le mot dans sa langue d’origine allemande est féminin… Les Alsaciens peuvent donc hésiter entre les deux genres.
L’origine du mot est discutée : il dériverait du latin bracchium (bras) par l’intermédiaire du latin médiéval brachiolum (petit bras) et brachitella voire brachiatellum (bracelet). C’est qu’on parlait latin dans les monastères où il est apparu !
Quoi qu’il en soit, en alsacien on dit (au féminin) d’Brattschtall ou d’Brettschtell, mot qui évoque les tréteaux sur lesquels on posait une planche pour dresser la table au Moyen-Âge : ein Brett-Gestell.
D’ailleurs l’une des premières représentations connues du bretzel est celle où il apparaît sur une table à tréteaux dans l’Hortus deliciarum, composé au 12ème siècle par l’abbesse du couvent du Mont Ste-Odile, Herrade dite de Landsberg, pour l’enseignement des nonnes.
L’image représente certes l’épisode du banquet d’Esther avec le roi des Perses à Babylone, mais la table dressée sur tréteaux, les costumes et les plats sont ceux du 12ème siècle, et un bretzel figure avec un petit pain à côté des plats.

J’aurais aimé pouvoir dire que le(la) bretzel a été inventé en Alsace, mais pour les spécialistes le fait que notre terme alsacien semble être un jeu de mots à partir du terme Bretzel plus répandu indique que ce n’est probablement pas le cas…
Et effectivement le(la) bretzel n’est pas spécifiquement alsacien, il est connu depuis le Moyen-Âge dans tous les pays germaniques du Sud, de l’Alsace à l’Autriche, où il est universellement l’emblème des boulangers.

D’ailleurs à Rosheim nous avons de magnifiques exemples de ces emblèmes datant de la Renaissance (die Zunftwappen). Les boulangers dépendaient de la puissante corporation des boulangers et meuniers (die Bäcker- und Müllerzunft), mais avaient leur propre emblème avec une bretzel accompagnée d’un petit pain typique de l’époque, qui avait une forme de croissant…

En conclusion, dites comme vous voulez : le ou la bretzel, d’Brettschtell odder d’Brattschtall, mais soyez fiers de nos traditionnels bretzels de boulangers des pays germaniques du Sud !
Philippe Elsass