Le sport professionnel occupe l'espace. Les transferts, les classements, les droits télé, les débats du lundi matin. C'est normal, c'est spectaculaire, et ça se vend. Pendant ce temps, dans les mêmes villes et surtout dans les villages, des milliers de personnes font fonctionner un système qui n'intéresse aucun média national et qui concerne infiniment plus de gens : le sport amateur. Il va mal. Pas de manière dramatique, pas d'un coup. Il s'épuise.

Le modèle économique, tel qu'il est Un club amateur vit de quatre ressources. Les cotisations des licenciés, qui constituent souvent la base. Les subventions publiques, communales principalement, parfois intercommunales ou départementales. Le sponsoring local, c'est-à-dire l'artisan, le garagiste, le supermarché du coin qui met son nom sur un maillot. Et les recettes propres : buvette, tournoi annuel, loto, vente de calendriers. Ces quatre ressources sont toutes sous pression en même temps. C'est là qu'est le problème. Les cotisations ne peuvent pas augmenter indéfiniment sans exclure des familles. Les subventions communales se négocient dans des budgets contraints. Le sponsoring local dépend de la santé du commerce de proximité, elle-même fragile. Et les recettes propres reposent sur des bénévoles de plus en plus rares.

Les coûts, eux, montent Un club de handball ou de football doit payer des arbitres, des licences fédérales, des assurances, des déplacements, du matériel, parfois des créneaux de salle. Les déplacements sont devenus un poste critique. Une équipe de jeunes qui joue dans un championnat régional Grand Est peut avoir à faire plusieurs centaines de kilomètres pour un match. Multipliez par le nombre d'équipes, par le nombre de week-ends, et ajoutez le coût du carburant. Ce n'est pas une question d'organisation. C'est une conséquence directe du découpage régional de 2016, qui a élargi les zones de compétition sans que personne ne s'interroge sur ce que ça coûterait aux clubs de village.

Le bénévolat, la vraie question Tout le reste est secondaire à côté de ça. Un club amateur tient sur un noyau de bénévoles : le président, le trésorier, deux ou trois entraîneurs, quelques parents fiables. Retirez deux personnes de ce noyau et le club vacille. Or le bénévolat change de nature. Les gens sont toujours prêts à donner un coup de main ponctuel — tenir la buvette un samedi, transporter des jeunes pour un match. Ils sont beaucoup moins prêts à endosser une responsabilité durable. Les raisons sont compréhensibles. Présider un club, aujourd'hui, c'est gérer des obligations administratives, des questions de responsabilité juridique, des procédures de subvention, des normes de sécurité, parfois des conflits entre parents. C'est un travail non rémunéré qui expose personnellement. Résultat : dans beaucoup de clubs, les mêmes personnes assurent les mêmes fonctions depuis quinze ou vingt ans, sans relève identifiée. Quand elles s'arrêtent, il ne se passe pas grand-chose de bon.

Ce qui se passe quand un club ferme Un club de village qui disparaît, ce n'est pas seulement une activité sportive en moins. C'est un lieu où des enfants de familles différentes se croisaient. C'est un vestiaire où on apprenait à perdre. C'est une buvette après le match, une fête annuelle, un prétexte à se voir. Dans des communes qui n'ont plus de café, plus d'épicerie, plus d'école parfois, le club de sport est souvent la dernière structure collective encore debout. Sa disparition ne fait pas de bruit. Personne ne manifeste. Les licenciés se répartissent dans les clubs voisins — ceux dont les parents peuvent assurer les trajets. Les autres arrêtent le sport.

Les fusions, solution et symptôme La réponse la plus fréquente est le regroupement. Deux ou trois clubs voisins mutualisent leurs équipes, parfois leurs structures. Ça fonctionne. Ça permet de maintenir des équipes complètes dans chaque catégorie d'âge, de partager les charges, de répartir les responsabilités. Ça a aussi un coût invisible : l'attachement. Un club porte un nom, des couleurs, une histoire, parfois un siècle d'existence. Les fusions produisent des entités fonctionnelles et sans mémoire. Les anciens ne s'y retrouvent pas. Une partie du bénévolat historique décroche à cette occasion. Ce n'est pas un argument contre les fusions, souvent inévitables. C'est un rappel que le sport amateur ne se réduit pas à une logistique.

Ce qui pourrait aider Rien de révolutionnaire, et c'est bien le problème : les solutions sont connues. Simplifier l'administratif. Chaque heure passée par un bénévole sur un dossier de subvention est une heure qu'il ne passe pas avec les jeunes. Les dispositifs de simplification existent, leur mise en œuvre reste inégale. Sécuriser les dirigeants. La crainte de la responsabilité juridique décourage. Un accompagnement clair, des assurances adaptées, une information accessible changeraient beaucoup de choses. Penser les championnats à l'échelle des réalités. Les distances de déplacement en catégories jeunes relèvent de l'organisation fédérale. Elles pourraient être repensées. Reconnaître. Le bénévolat sportif représente une masse de travail considérable, entièrement gratuite, qui rend possible une politique publique de santé, d'éducation et de lien social. Il est traité comme un acquis.

Samedi matin Il est neuf heures. Il fait froid. Un homme de soixante ans trace les lignes d'un terrain avec une machine qui fonctionne mal. Une femme sort les ballons du local. Deux parents installent la table de marque. Dans une heure, quarante gamins joueront, et personne ne saura que ces trois adultes sont là depuis sept heures et demie. Ils seront là dimanche aussi. Et le samedi suivant. Tant qu'ils tiennent.