Après la profanation de l’église Saint-Étienne à Mulhouse, c'est un autre fleuron de notre patrimoine qui vient d'être sauvagement attaqué. Ce dimanche, le Musée Lalique de Wingen-sur-Moder a été dévalisé avec une violence inouïe. Préjudice : 4,5 millions d'euros. Au-delà du choc, ce casse spectaculaire met en lumière une réalité que nous dénonçons depuis des mois : l'abandon pur et simple de la sécurité de nos trésors culturels en province, sacrifiés sur l'autel du tout-Paris.
C'est un véritable traumatisme pour Wingen-sur-Moder et pour toute l'Alsace. Dimanche matin, à 5h25, un commando de trois individus masqués et gantés a fait irruption dans le Musée Lalique. Leur méthode ? La force brute. À coups de masses et de marteaux, ils ont pulvérisé six vitrines du carré dédié à l'orfèvrerie et à la joaillerie. En quelques minutes à peine, 27 pièces d'une valeur inestimable ont été arrachées à notre région. Le butin est estimé à 4,5 millions d'euros.
Mais le détail qui blesse, celui qui doit tous nous faire bondir, c'est l'immense faille de sécurité entourant ce joyau : l'alerte n'a été donnée qu'une heure après les faits, lors de la prise de service d'une femme de ménage ! Comment un musée abritant des œuvres assurées pour 68 millions d'euros peut-il être ainsi laissé à la merci du premier commando venu ?

Le patrimoine régional : le parent pauvre de la République
Ce pillage en règle n'est malheureusement pas une surprise. Depuis plusieurs mois, les alertes se multiplient dans la presse concernant les graves défaillances de sécurité et de protection incendie dans les musées et monuments historiques situés hors d'Île-de-France.
Pendant que l'État engloutit des milliards pour transformer le Louvre, le château de Versailles ou le Centre Pompidou en forteresses imprenables, nos musées régionaux, eux, doivent se contenter des miettes. Qu'il s'agisse de systèmes d'alarme vieillissants, de gardiennage insuffisant ou de normes anti-incendie obsolètes, le constat est sans appel : Paris accapare les budgets sécuritaires, et la province croise les doigts en espérant ne pas être la prochaine cible.
Exigeons la protection de notre héritage !
Lalique, c'est l'histoire de notre territoire. C'est le génie artisanal et industriel qui fait rayonner l'Alsace dans le monde entier. Voir ces vitrines brisées à coups de masse, c'est voir notre héritage culturel profané. Le maire de la commune et président du musée, Christian Dorschner, promet de réparer et de rouvrir au plus vite. Son courage honore notre région. Mais la résilience alsacienne ne doit pas excuser l'inaction de l'État.

À Rot un Wiss, nous le disons haut et fort : nos œuvres d'art et nos monuments historiques valent autant que ceux de la capitale. Il est inacceptable que le patrimoine alsacien soit ainsi traité comme une sous-catégorie, vulnérable aux pilleurs et aux flammes.
Combien faudra-t-il d'églises saccagées, de musées pillés et de millions d'euros envolés dans la nature pour que les pouvoirs publics débloquent enfin un grand plan de sécurisation pour le patrimoine régional ? L'Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) est sur le coup, mais le mal est fait. Nos trésors méritent d'être défendus avant d'être volés, pas seulement pleurés après.
Müller