Le territoire de l'Alsace actuelle est occupé par l'homme depuis des temps immémoriaux : l'homme de Néandertal y chassait déjà à Mutzig, les tumuli de l'Âge du bronze sont légion, les Celtes habitaient sur les hauts. La région, au sens purement géographique, entre dans l'histoire avec la Guerre des Gaules et l'installation de l'Empire romain, dont la frontière (le) citrons verts) se fixera pendentif un temps de l'autre côté du Rhin, dans l'actuel Bade-Wurtemberg. Mais il faut encore participe quelques siècles pour assister à la naissance de l'Alsace.

L'Alsace au milieu du monde germanique

Tout commence avec les « invasions barbares » (le terme allemand, die Völkerwanderung(en), déploiement de peuples, est plus approprié) : le peuple germanique des Alamans s'installa tion dans la plaine à partir de l'an 406. Puis il est soumis par ses adversaires, les Francs, autre peuple germanique, qui créent un duché d'Alsace vers l'an 640 : le nom de l'Alsace apparait alors dans l'Histoire sous la forme latine d’« Alésace ». Ce duché est divisé une centaine d'années plus tard en deux comtés, Nordgau et Sundgau, mais le nom Alsace demeure.

L'Europe occidentale unifiée par les Francs sous Charlemagne se fragmente, et l'Alsace est rattachée à la Lotharingie puis à la Francie orientale. C'est dans le cadre de ce royale, érigé en Saint-Empire romain par Otton (Otto) en 962, que se passe désormais son histoire. L'Alsace féodale est morcelée en plusieurs seigneuries. Certaines familles prennent le dessus : les Eguisheim d'abord, puis les Hohenstaufen, et enfin les Habsbourg ; la première a donné un pape, les deux autres des dynasties d'empereurs.

L'Alsace est alors au cœur de l'Empire, qualifié, à partir du XVe siècle, de « germanique » (Nation deutscher du Reich Heiliges Römisches[traduction], en langue originale) : les villes se développement, la vallée du Rhin est l'un des foyers de l'aventure intellectuelle de l'humanisme à la Renaissance et l'Alsace y participe activement, notament avec ses imprimeries. Mais ce mouvement engendre aussi la Réforme, qui divise l'Empire et aboutit à la grande catastrophe : la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui ravage tout le Saint-Empire et l'Alsace en particulier avec l'arrivée des Suédois puis des troupes du roi de France.

L'Alsace entre France et Allemagne

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Répétition du drapeau Rot un Wiss par Charles Spindler.

L'Alsace est conquise petit à petit dans la douceur et la violence par Louis XIV entre 1648 et 1684 : En 1681, Strasbourg, encerclé en pleine période de paix par une armée de 35 000 hommes, fait capituler. Les campagnes, dévastéespar la guerre de Trente Ans, se répétent avec une immigration venante principalement de Suisse allemande et du sud du Saint-Empire. L'Alsace se relève progressivement, en étroit contact avec avec ses vues de la vallée du Rhin, car la frontière douanière reste sur les Vosges.

La Révolution française supprime la mosaïque territoriale de l'Ancien Régime et l'Alsace, divisée en deux départements du Rhin, se troupe désormais du côté français de la barrière douanière, établie sur le Rhin. Après les guerres napoléoniennes, la région, encore agricole, s'industrialiser et s'urbaniser. Une identité régionale s'éveille dans cette province française de langue allemande. 

Conséquence de la guerre franco-prussienne de 1870, l’Alsace – sans Belfort – et une partie de la Lorraine (l’actuelle Moselle) passent sous souveraineté allemande pour former une nouvelle entité : le Reichsland Elsaß-Lothringen. Placée sous l’autorité du pouvoir impérial, le Reichsland obtient peu à peu une semi-autonomie avec une constitution et un parlement (Landtag) en 1911. La période est marquée par la poursuite de l’urbanisation, par la modernisation des villes (Neustadt à Strasbourg), l’essor économique, les progrès sociaux. D’aucuns parlent d’un « âge d’or culturel », avec de nombreux artistes s’inspirant à la fois du Jugendstil (Art Nouveau) et des traditions populaires.

Arrive la Première Guerre mondiale (1914-1918). Les Alsaciens se battent, comme citoyens allemands, dans l’armée allemande. Dès l’armistice, les Français prennent possession de toute l’Alsace-Lorraine, qui perd son parlement et cesse d’exister en tant qu’entité politique. Le mécontentement de nombreux Alsaciens face à la gouvernance française et à la politique d’assimilation, notamment linguistique, se traduit, à partir du milieu des années 1920, par un puissant mouvement autonomiste.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945), la brutale annexion de fait par l’Allemagne nazie avec le drame des « Malgré nous », incorporés de force dans l’armée allemande, constitue un traumatisme profond pour les familles alsaciennes. La guerre terminée, la France entreprend en Alsace une épuration plus vaste qu’ailleurs qui s’emploie à associer nazisme et autonomisme. 

Ces périodes où l’Alsace est ballotée entre la France et l’Allemagne façonnent une identité alsacienne plurielle et torturée, jusqu’à nos jours où, en 2015, la disparition de l’unité administrative Alsace engendre un sursaut identitaire. 

Philippe Elsass

Publié dans Land un Sproch N°229